François Matton

(sans l'ombre d'un doute)

mercredi 9 mai 2018

Travaux pratiques


Exercice : 
1 Regarde cette rue sans activer la réflexion, la comparaison, la mémoire ou le jugement. 
2 Tout en la longeant, vois que tu n'es pas séparé d'elle mais qu'elle apparaît en toi. Réalise qu'elle n'est pas distincte de ton regard, de ta conscience.
3 Arrête-toi tous les 10 pas, ouvre grand les yeux et contemple ce qui est là.

dimanche 29 avril 2018

Un doute




– Peut-on faire de l'humour ?
– C'est une vraie question ? Bien sûr qu'on peut faire de l'humour !
– Vous, vous le pouvez ? Vous vous sentez réellement pouvoir faire de l'humour ?
– Mais bien entendu que je le peux ! Vous vous moquez de moi, c'est ça ? Cette question sur la possibilité ou non de faire de l'humour doit être votre façon de faire de l'humour... Eh bien laissez-moi vous dire que ce n'est pas très drôle.
– Ne peut-on pas faire de l'humour qui ne soit pas drôle ?
– Vous êtes fatigant.
– Vous ne me trouvez pas drôle ?
– Aucunement.
– Mais vous me reconnaissez pourtant faire de l'humour.
– Si vous voulez. Un humour tordu, particulièrement pénible. Un humour de crétin pas drôle du tout.
– Carrément ?
– Vous m'interrogiez, voilà ma réponse.
– Vous êtes sévère. C'est sans appel ?
– Sans appel.
– Vous n'êtes pas drôle.
– Vous non plus.
– Vous l'avez déjà dit.
– Je l'ai dit et je le répète, sans la moindre prétention à être drôle ou à faire de l'humour.
– Vous êtes sinistre. Sinistre et méchant.
– Vous allez me foutre la paix oui ? Pauvre type. Malade.
– Vous êtes carrément agressif, là, c'est incroyable. Je n'étais pas bien sûr de pouvoir faire de l'humour, maintenant je suis fixé. Adieu. Crruiiiik !

vendredi 27 avril 2018

Belle-Ile en moi




Je ne me sens pas du tout rétréci. Au contraire, je n'ai pas de limites. Je suis l'espace et tout ce qui apparaît, sans distance. Surtout, je n'ai plus l'impression de localisation (ce sentiment d'être quelqu'un quelque part). L'arrière-plan vide et silencieux est une notion provisoire. Ça permet de défaire une fixation. Mais après ce partage des eaux, il y a l'expérience réelle, oui, qui n'est pas scindée en arrière-plan et en avant-plan, en vide et en formes, en Soi et en manifestation, en nirvana et samsara. Tout ça c'était des concepts qu'on a utilisés pour défaire une représentation illusoire. Maintenant l'école est finie, c'est bon, on peut passer au monde réel. Et là tout est un, tout est là, tout est parfait. Il y a parfois la marionnette François qui surgit (hello !), mais de plus en plus souvent c'est le monde, rien que le monde-espace-vide-énergie, sans marionnette au centre. Ça dépend des circonstances. Parfois c'est chargé, parfois c'est dégagé. Tout est parfait. 

samedi 7 avril 2018

Au travail !

Ce n'est pas le tout de jouer à l'idiot, mais je vois bien que ce n'est pas le plus rigolo de dire que je n'ai plus de projet et que je n'en veux plus. Anne, ça commence à la soûler. (Je n'ai pas réussi à la convaincre que c'était une libération de la névrose, la libération de l'injonction capitaliste intégrée à tous les étages : produire toujours plus.)
Elle veut que je m'y remette. Que je dessine sérieusement. Que je prépare un nouveau livre. Un nouveau livre, ah oui, voilà ce qui serait réjouissant ! 
Je pense que c'est parce qu'elle est encore soucieuse du qu'en-dira-t-on. Elle a un peu honte de moi quand elle me regarde avec les yeux des autres. D'autant qu'elle trouve que je présente toujours ma situation comme une catastrophe. (J'avoue, j'aime bien faire l'opposé de ce que conseillent les coachs d'entreprise). Bref, elle veut que je sois adulte. Que je joue les règles rassurantes. 
Ok, bitch, je vais la jouer ta putain de comédie ! ah ah ! 
Quoi ? Ce n'est pas ça ? Il ne faut plus que je joue justement. Il faut que j'y crois, que je le fasse pour de bon, pour de vrai, au premier degré de la réalisation pacifiée, et avec plaisir tant qu'à faire, oui, avec une joie com-mu-ni-ca-tive. 
Entendu. Je vois très bien, inutile de m'en dire plus, je ne suis pas idiot. La petite mécanique de la vie, quoi. Et d'abord donner l'impression de me tourner vers le "monde extérieur". C'est ça ? Pas de problème, je vois très bien. Retourner à l'observation du monde extérieur (je retire même les guillemets). Je peux le faire. Si ça te rassure ma chérie, je peux le faire. Et je vais le faire. Maintenant. Si si. 
Tiens, voilà, c'est bon, regarde :






jeudi 5 avril 2018